Guide des achats professionnels responsables

Produits et prestations

Vêtements

PROBLÉMATIQUE

Le marché de l’habillement est structuré en deux segments principaux: un marché haut de gamme et un marché de masse. Le marché de la mode haut de gamme – le plus petit en volume – se caractérise par des technologies modernes, un haut degré de flexibilité et des conditions sociales généralement acceptables. Il s’est développé dans les pays industrialisés, avec une concentration dans certaines zones géographiques (notamment l’Italie). Le marché de production de masse (et des produits très standardisés comme les t-shirts, les vêtements de travail, etc.) est localisé, quant à lui, essentiellement dans les pays en développement. Il emploie principalement des femmes, le plus souvent non qualifiées. Les problématiques sociales et environnementales présentées ci-dessous concernent avant tout ce marché de masse1.

L’offre est influencée par les attentes des consommateurs (produits variés, à prix accessibles). La part des dépenses pour l’habillement a en effet baissé au cours des dernières années, alors que les quantités achetées suivent une courbe inverse (OMC 2004). Selon la section Déchets de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), chaque Suisse achète environ 18 kg de textiles par an, dont 10 kg de vêtements. On estime que les ménages stockent 4 à 6 kg de textiles non utilisés par personne. Les attentes du consommateur (volume et bas prix), et surtout la fin des Accords sur le Textile et les Vêtements (système de quotas d’importations ayant régi le commerce mondial du textile pendant trente ans, jusqu’au 1er janvier 2005) ont rendu le marché du textile encore plus tendu. D’où un renforcement d’une organisation très spécialisée et le maintien de bas salaires2.

Exportations de vêtements avant et après la fin des Accords
sur le Textile et les Vêtements (en valeur)

(en pourcentage des exportations mondiales)

Exportations de vêtements

Source: Principaux exportateurs et importateurs de vêtements, 2006, OMC

Les quinze économies ci-contre représentaient 77,1% des exportations de vêtements dans le monde en 2000. Elles sont passées à 82,2% en 2006. La fin des quotas renforce la position des grands producteurs, alors que les plus petits doivent faire face à une concurrence accrue, notamment celle de la Chine.

En Europe, l’Italie génère presque un tiers de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière du vêtement (2004). Viennent ensuite la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni. En termes d’emplois, c’est la Roumanie qui détient la plus grande part (20% des emplois du secteur en Europe), suivie par l’Italie, la Pologne, la Bulgarie et le Portugal3.

ENJEUX SOCIAUX, ÉCONOMIQUES ET ENVIRONNEMENTAUX
LIÉS À L’INDUSTRIE DU VÊTEMENT

Les produits passent par des étapes bien définies: production de la matière première, industrie textile, industrie de l’habillement, stockage et distribution par correspondance ou par le biais de points de vente4.

L’organisation au sein de chacune de ces étapes est très compartimentée, ce qui se traduit le plus souvent par du travail à la chaîne hautement spécialisé. L’industrie de l’habillement est basée essentiellement sur une production manuelle (capital humain), alors que l’industrie du textile s’avère plus automatisée et investit davantage dans les machines.

Dans les pays en développement – principaux producteurs pour l’habillement de masse –, les enjeux sociaux concernent la lutte pour des salaires décents, l’amélioration des conditions de travail et la réduction des risques pour la santé des travailleurs. Les normes de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) sont trop souvent bafouées dans ce secteur d’activité. Lors de la culture et du traitement des fibres, les travailleurs sont souvent exposés à certaines substances chimiques, sans disposer systématiquement d’équipements de protection individuelle. Ils doivent travailler à la chaîne, faire des heures supplémentaires, souvent ni rémunérées ni récupérées, et ne disposent pas toujours du droit à la négociation (voir la page Conditions de travail et engagement sociétal des entreprises).

Des charges salariales infimes dans les ateliers de production
Décomposition du prix d’une chaussure fabriquée en Asie (en pourcentage du prix de vente)
Coût du matériel 8,5 %
Coût de production 1,5 %
Coût de la main-d’oeuvre (atelier de production) 0,5 %
Bénéfice du sous-traitant 3 %
Coût du transport et taxes 5 %
Coût salarial du distributeur 18 %
Coût de publicité du distributeur 2,5 %
Coût de stockage chez le distributeur 12 %
Coût pour la Recherche et Développement 11 %
Coût de promotion du produit (supporté par la marque) 8 %
Bénéfice tiré de la vente du produit (pour la marque) 13 %
TVA (la TVA française s’élève à 19,6%) 17 %
Total 100 %

Source: Clean Clothes Campaign

La décomposition du prix de cette chaussure montre la part infime que représentent les charges salariales par rapport à d’autres charges telles que la promotion du produit ou le coût salarial du distributeur.

Le modèle équitable pour des salaires plus justes
Comparaison entre le prix d’un t-shirt de modèle équitable et traditionnel (en valeur et en pourcentage du prix de vente)
  Modèle traditionnel
en frs

en %
     Modèle équitable
en frs

en %
Coton brut   0,25
 0,9 %
    0,50
 1,9 %
Coût de production,
dont main-d’oeuvre
  1,40
  0,30
 5,4 %
1,2 %
    1,71
  0,40
 6,6 %
1,5 %
Transport, droit de douane   2,00
 7,7 %
    3,33
 12,8 %
Société propriétaire de la marque   9,35  36,0 %
    8,76
 33,7 %
Détaillant 13,00  50,0 %
  11,70
 45,0 %
Total 26.–
 100 %
  26.–
 100 %

Source: Déclaration de Berne

Le modèle équitable permet de transférer la marge du détaillant vers le producteur de coton et les travailleurs de l’usine de transformation – en payant dans ce cas deux fois plus le producteur de coton. Le salaire des travailleurs de l’usine augmente de manière moins marquée, mais il leur garantit tout de même de meilleures conditions de travail.

Le modèle équitable est basé sur des données d’une entreprise travaillant avec des producteurs indiens et pratiquant avec eux un commerce équitable.
Le modèle traditionnel est calculé sur la base des pratiques du marché non équitable avec des producteurs situés dans des pays en développement.

Le marché de l’habillement présente un poids environnemental important (utilisation de produits phytosanitaires dangereux et persistants pour les cultures de coton, consommation d’eau pour l’arrosage des plantations, rejets d’eaux usées non traitées et infiltrations dans le sol, pollution atmosphérique, consommation de nombreux produits chimiques pour l’ennoblissement des fibres synthétiques, colorants pour textiles, substances ignifuges, etc.). Cette industrie peut donc s’avérer polluante si l’on ne prend pas les mesures de protection de l’environnement adéquates.

Les pages Fibres textiles et Cuir fournissent un aperçu plus détaillé des impacts environnementaux du secteur.

IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX LIÉS À L’ENTRETIEN DES VÊTEMENTS

Les impacts environnementaux au stade de l’utilisation des vêtements sont liés à leur mode d’entretien. Le lavage en machine à haute température, le séchage et le repassage consomment beaucoup d’énergie. Malgré l’interdiction d’utiliser des phosphates, les lessives restent un facteur de pollution pour les eaux. Une analyse du cycle de vie portant sur des vêtements de diverses fibres (coton, polyester, laine, viscose) a montré que la phase d’utilisation (et donc d’entretien) représente 38% des impacts environnementaux5.

Par ailleurs, les vêtements nécessitant un nettoyage à sec (teinturerie) devraient être évités. En effet, ce procédé de nettoyage présente un fort impact environnemental.

ÉLIMINATION ET RECYCLAGE

Le choix de vêtements de qualité supérieure (bonne tenue des couleurs et des formes, pas de rétrécissement) permet d’augmenter nettement leur durée de vie. On peut envisager une seconde vie pour les vêtements grâce aux ateliers de retouches, comme ceux des arsenaux cantonaux de Genève et de Morges (Vaud), qui s’occupent de réparer certains uniformes. Lorsque le vêtement n’est plus portable, sa récupération permet d’alimenter les filières de recyclage de textiles. En Suisse, le volume annuel de textiles et chaussures collectés s’élève à quelque 47'500 tonnes, soit environ 6,3 kg par personne (OFEV 2007). Environ 50% des vêtements collectés sont à nouveau portés. Le reste est transformé en chiffons, laine effilochée ou matériaux d’isolation.